Depuis la Grèce, après deux ferries et une escale de quelques heures en Italie, me voilà en Croatie. Il fait toujours chaud mais je viens de perdre 10 degrés. Un vrai bonheur !

- La côte croate
J’arrive donc au port de Dubrovnik. La ville est très connue depuis le tournage de Game of Thrones. Elle est également très touristique et donc très agitée, ce que je fuis depuis le début de mon voyage… Je prends donc immédiatement la route pour remonter la côte.
Le moins que je puisse dire c’est que j’apprécie vraiment ma première nuit de sommeil et le sentiment d’une fraîcheur retrouvée ! Un vrai bonheur de devoir utiliser de nouveau la toile extérieure de ma tente et mon duvet !
La vue sur la mer Adriatique est magnifique. On peut aussi admirer les paysages des champs recouverts de vignes. Le revers de la médaille, c’est que la zone est très touristique et donc le trafic de voitures important. Je décide donc de quitter la côte et de me diriger vers l’île de Korčula.
En arrivant sur l’île, j’apprends une histoire surprenante. La crise du phylloxéra qui a touché les vignes européennes au 19ème siècle, permit une croissance importante de la production de vin sur l’île car elle a été épargnée au début de la crise. Le phylloxéra est un insecte qui s’attaque aux racines des vignes. Dès 1863 il décime les vignes en France et s’étend rapidement dans toute l’Europe. Les vignes touchées doivent être arrachées mettant un coup d’arrêt à la production. On trouve alors sur l’île de Korčula, alors épargnée, les principaux producteurs. En me promenant sur l’île, je constate des forêts qui ont aujourd’hui poussé sur des terrasses couvertes autrefois de vignes. C’est d’ailleurs intéressant de voir tout ce dur labeur entrepris par la main de l’homme, disparaître et être recouvert par la nature. Malheureusement en 1906 la phylloxéra arrive sur l’île provoquant la fin de cet âge d’or, une crise économique et un exode massif de la population. Ainsi on trouve de nombreux villages fantômes, dernière trace de cette époque. (Source : https://www.geo.fr/voyage/video-croatie-korcula-l-ile-ou-l-histoire-fait-partie-du-present-191061)
Depuis mon arrivée en Croatie je suis également bercé par le champ des sauterelles. Je suis amusé de découvrir qu’il y a une heure très précise le matin à laquelle elles commencent à chanter, et une heure le soir où elles s’arrêtent. Le calme qui suit est même perturbant !
Après ces quelques jours de tranquillité sur l’île, je reprends un ferry en direction de la ville de Split.





- Le plateau croate
A mon arrivée je fais le choix de quitter la côte pour aller à l’intérieur des terres. Cette décision a mûri ces derniers jours au fil des rencontres et des échanges avec les personnes rencontrées. Je passe rapidement dans Split mais j’en profite néanmoins pour aller découvrir la vieille ville. En 305 après JC, l’empereur romain fait construire le palais de Dioclétien. Il est le point central de la future ville. Elle grandit au fil des décennies et passe sous différentes dominations : Byzantine, royaume croatio-hongrois, royaume vénitien puis napoléonien. Sous l’influence de la République de Venise, elle devient un centre culturel et commercial majeur de la région. Après 1945 elle devient une importante ville industrielle. (Source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Split)
Le lendemain je démarre mon ascension pour rejoindre un plateau. Je passe alors par Klis. C’est une ville fortifiée avec un château. De là, il y a une très belle vue sur Split. Après une matinée d’efforts, je me retrouve sur un plateau avec très peu de dénivelé. J’aperçois au loin des montagnes. Ma destination du lendemain ! Cette journée est très agréable. Les options sont nombreuses et j’arrive presque à rester à l’écart des routes principales sur de petits axes peu fréquentés.
Après avoir dormi dans un camping non officiel où le paiement est laissé libre, je prends la direction de la Bosnie-Herzégovine.




- La Bosnie-Herzégovine
Me voilà de nouveau hors de l’Union Européenne. Il me faut donc passer par un poste de frontière mais cela reste une formalité… enfin un peu moins pour une voiture traversant la frontière au même moment que moi qui est entièrement vidée et fouillée.
Depuis la frontière, la route continue de monter. J’y croise un berger surveillant son troupeau en bord de route. Puis j’arrive au col. Le passage sur l’autre versant marque un au revoir à la Croatie. Les arbres se raréfient et je suis devant une végétation plus proche de la haute montagne. Je m’arrête à la première ville que je traverse : Besansko Grahovo. J’y prends un café et réalise alors que la monnaie n’est plus l’Euro !. La Bosnie-Herzégovine ne fait pas partie de la zone euro. Un peu plus tard, je m’arrête donc pour retirer de l’argent et avoir un peu de liquide.
Plus tard dans la journée, j’entre dans le Parc national de l’Una. Les paysages changent de nouveau. Il y a beaucoup d’arbres, de rivières et de cascades. On m’explique également que de nombreuses rivières sont souterraines. Je campe ce soir-là à côté de la rivière Una. L’eau est gelée ! Je ne vais pas le remarquer tout de suite mais j’ai dit adieu au bruit des sauterelles.
Les jours qui suivent, je continue à longer la rivière Una. Il y a quelques portions de routes non goudronnées très sympas. Je traverse de nombreux villages fantômes et je croise de nombreux panneaux rouges en bord de route. Je n’y prête pas attention au début puis je prends conscience ensuite qu’il s’agit de panneaux indiquant la présence de mines… Triste héritage de la guerre. J’ai également vu de nombreux panneaux indiquant la présence d’animaux sauvages. Mais, sauf en photo, je n’ai aperçu aucun ours !
Pour mon dernier jour j’ai le droit à de la pluie ! Cela faisait bien longtemps… En arrivant à la ville frontalière de Novi Grad, je me réfugie dans un café pour me réchauffer. Il est encore tôt mais la file d’attente au poste de frontière pour aller en Croatie est déjà longue. La magie d’être en vélo… Je remonte toute la file et je suis accueilli avec un grand sourire par les douaniers. Ce n’est que partie remise ! Toutes les voitures finissent par me redoubler. Me voilà de nouveau en Croatie et en Union Européenne !








- Une autre Croatie
Je quitte une ville dynamique pour, une fois la frontière passée, un village presque fantôme. Le contraste est saisissant. Les nuages et la grisaille n’aident pas à amortir ce ressenti. Après plusieurs kilomètres, un couple m’invite à prendre un café. On passe un long moment à échanger. Il m’offre l’hospitalité et les nuages menaçant au-dessus de ma tête me font longuement hésiter. Il est encore tôt alors je décide de continuer. Cette invitation m’a cependant fait très plaisir. Un petit rayon de soleil dans cette journée grisâtre.
Je traverse de nombreux villages abandonnés dans cette partie de la Croatie. Je suis vraiment surpris. Puis progressivement, en me rapprochant de Zagreb, cela disparaît. L’influence d’un gros pôle économique se fait ressentir. Plus d’habitations, plus de trafic, les collines recouvertes de forêts font également progressivement place à des plaines d’agriculture de céréales.
Je décide d’éviter Zagreb en contournant la capitale par l’est. Ce soir-là, pas simple de trouver un lieu où dormir. J’essuie quelques revers en demandant aux personnes que je croise si je peux m’installer dans le champ derrière leur propriété. Et puis comme toujours la magie opère. La nuit se rapproche quand j’arrive dans ce village. Je tente alors ma chance auprès d’une famille. Ils m’accueillent avec un grand sourire et m’ouvrent la porte de leur jardin. Mais ils m’invitent avant de m’installer d’aller demander à l’église à côté. En effet, un séminariste (futur prêtre en formation) m’accueille également avec un grand sourire. Il me permet même de dormir dans une chambre. Ce lieu immense est vide. Il sert habituellement d’accueil pour des groupes. Ce soir-là, on m’a fait découvrir un plat typique croate : čevapi.
Le lendemain, je reprends la route en direction de la Slovénie. Cette fois-ci, c’en est belle et bien terminé des villages fantômes. Je traverse une autre Croatie. Depuis mon arrivée dans ce pays, j’ai découvert des paysages très variés, de la côte très touristique à l’intérieur des terres presque désertiques…




- La Slovénie
Premier gros changement en arrivant en Slovénie : les pistes cyclables ! En effet, cela faisait très longtemps que je n’avais pas eu la joie de rouler sur une piste entièrement réservée aux cyclistes.
Je découvre un pays très vert et je vais vite comprendre pourquoi ! La pluie s’invite régulièrement dans mon quotidien… Elle va même rythmer certaines de mes journées en me dictant des pauses.
Je vais traverser la Slovénie d’est en ouest en direction des Alpes. J’y croise beaucoup de cyclistes. Après quelques jours, j’arrive dans la ville de Bled. Elle est située au bord d’un lac magnifique avec un château médiéval en haut d’une falaise, un des emblèmes de la Slovénie.
La journée suivante est très agréable. J’alterne entre pistes cyclables et petites routes sans aucune voiture. Puis me voilà enfin au pied des Alpes ! Le premier col franchi marque mon passage dans un nouveau pays.







- Quelques mots sur l’histoire des Balkans
Située dans le sud-est de l’Europe, la région des Balkans est une zone avec une diversité ethnique, culturelle et religieuse importante.
Après la fin de l’empire romain, la zone passe sous l’emprise de l’empire byzantin. Il y a alors une christianisation des peuples. Cela évolue à partir du IXème siècle avec l’apparition dans les pays slaves de la religion orthodoxe. Le déclin progressif de l’empire byzantin laisse alors place à l’empire de Venise sur la côte Adriatique.
Puis à partir du XIVème siècle, l’empire ottoman envahit la région. Il y a une domination ottomane jusqu’au XIXème siècle. Elle est accompagnée d’une islamisation notamment en Bosnie ou en Albanie. A partir du XIXème siècle, il y a un déclin de l’empire Ottoman et une nationalisation des régions. Cela s’accompagne de guerres d’indépendance.
La première guerre mondiale marque la fin de l’empire ottoman et de l’empire austro-hongrois. Il y a alors la création du royaume des serbes, croates et slovènes : la future Yougoslavie. Après la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie devient l’alliée de l’URSS. La république fédérale de Yougoslavie, sous le maréchal Tito, était composée des pays actuels suivants : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Macédoine du Nord, Serbie et Kosovo. Aujourd’hui le Kosovo, autrefois région indépendante de la Serbie, n’est pas reconnu par l’ensemble des pays de l’ONU suite à sa déclaration d’indépendance en 2008.
La chûte de l’URSS marque la fin de la Yougoslavie et l’indépendance des anciennes républiques. Il s’ensuit une suite de conflits : guerre de Croatie de 1991 à 1995, de Bosnie de 1992 à 1995 et du Kosovo de 1998 à 1999.
Les Balkans est une région avec une diversité ethnique, religieuse et culturelle importante. Elle a subi de nombreuses évolutions de frontières tout au long de son histoire. Son emplacement à un carrefour entre l’orient et l’occident, en fait une région stratégique. La paix dans certains de ces pays reste fragile.
(Source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Balkans)
- La parenthèse autrichienne
Après le franchissement du col, me voilà donc en Autriche. Maintenant place à la descente, et quelle descente ! Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un pourcentage aussi important. Je croise quelques cyclistes en sens opposé et leur souhaite bon courage ! Une odeur de brûlé m’accompagne. Elle provient des freins des voitures qui me doublent. Mes deux mains serrent fermement les freins et mes jantes sont brûlantes. Ce matin-là, j’avais regonflé les chambres à air. Peut-être une erreur car au milieu de la descente, je crève ! Cela faisait bien longtemps ! Heureusement un bas-côté quelques centaines de mètres plus loin en contrebas, me permet de réparer cette crevaison en toute tranquillité. Une fois la descente terminée, je m’arrête à une station service. Je vois alors un monsieur arroser ses plaquettes de freins avec un arrosoir. Celles-ci sont si brûlantes qu’elles font s’évaporer l’eau immédiatement…
Une fois arrivé à Villach, je longe une piste cyclable le long de la rivière Drava puis je rejoins l’Eurovelo 7. Pendant deux jours, je vais donc profiter de rouler sur une piste cyclable en bord de rivière dans une vallée entourée de montagnes. Pour ajouter à cette image idyllique, j’ai un vent de dos ! Les derniers kilomètres se font sur du faux-plat montant. De nombreux cyclistes arrivent en sens inverse pour profiter sur une journée, du cadre et de la descente. En fin de journée, je franchis une nouvelle frontière : me voilà en Italie ! L’expérience en Autriche a été courte mais très agréable.







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