Me voilà en Turquie et plus précisément à Ankara, capitale du pays. Ma première tâche en arrivant : remonter le vélo. Mais je dois faire face à une petite complication : mon multi-tools oublié dans mon bagage à main à Almaty n’a pas passé les contrôles de sécurité, il m’a été confisqué. Heureusement j’ai quelques clés allen en double. Mais il me manque une taille, celle qui permet de serrer la potence du guidon. Heureusement à la sortie de l’aéroport des personnes me prêtent la clé manquante.
Une fois le vélo prêt, je prends la direction du centre ville d’Ankara. J’y rejoins mon hôte warmshowers pour la nuit. Il m’initie à la dégustation de mon premier kebab ainsi que le fameux café turc. On passe ensuite la soirée à échanger sur le vélo en Turquie. Je repars le lendemain plein de bons conseils et un itinéraire en poche. Direction l’est et la Cappadoce ! Warmshowers est un site Internet qui regroupe des cyclistes. Il leur permet de rentrer en contact pour demander de l’aide, des conseils ou être hébergé.
Ce matin-là, il est encore trop tôt pour le visiter donc je l’aperçois seulement de loin : le fameux mausolée d’Atatürk, une figure emblématique de la Turquie moderne.
L’Anatolie a été le berceau de nombreuses civilisations anciennes. Elle fait partie de l’Empire romain du 1er siècle avant JC au 4ème siècle après JC. A la suite de la division de l’Empire romain en 395, l’Empire byzantin est créé. Il gouverna la région pendant des siècles. Sa capitale est Constantinople, aujourd’hui Istanbul. En 1453 c’est la fin de l’Empire byzantin après la prise de Constantinople par les Ottomans. L’âge d’or apparaît sous Soliman le Magnifique de 1520 à 1566. Puis à partir du 17ème siècle jusqu’au 19ème siècle c’est un déclin progressif de la région. En 1923, Mustafa Kemal Atatürk fonde la République de Turquie après la guerre d’indépendance contre les forces alliées (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Turquie).




- Le plateau de l’Anatolie
Ankara est situé dans le plateau de l’Anatolie. La ville est entourée de collines. Dès la sortie je prends donc rapidement de la hauteur m’offrant une très belle vue sur ce paysage vallonné de steppes. L’élevage de moutons y est important. La route sinueuse qui me fait m’enfoncer dans les steppes, est bordée de fermes et de troupeaux. Lorsque l’on parle de moutons, on parle également de chiens de bergers. Leur taille est impressionnante ! Petit détail : ils sont munis de colliers de clous ! Cela permet au chien de défendre le troupeau contre les loups car ceux-ci s’attaquent à la jugulaire. Je ne sais pas si les loups sont fréquents, en tout cas je n’en ai pas croisé. Quoi qu’il en soit, je ne souhaite pas me faire courser par ces chiens. Pendant toutes ces journées, j’ai donc passé mon temps à scruter l’horizon à la recherche de moutons. Les confondant parfois avec des rochers blancs. Dans cette situation, mieux vaut faire preuve de trop de prudence. A l’approche d’un troupeau, je m’arrêtais pour attendre la permission du berger de passer. Stratégie payante, mes mollets ont été épargnés !
L’accueil des turcs est très chaleureux. Plusieurs fois par jour on m’invite pour boire le thé. Une véritable institution en Turquie ! Un simple bonjour se transforme en une invitation. Malgré la barrière de la langue, les échanges sont humainement très riches. Un moment de convivialité simple et bienveillant. Il m’arrive souvent de repartir avec de quoi manger. Impossible de refuser… Et après de nombreux mois éloignés de la France, je redécouvre quelque chose qui m’avait manqué : le pain. Je n’ai également pas besoin de me soucier où dormir. Il y a toujours une personne qui m’ouvre son portail pour planter ma toile de tente dans le jardin. Un soir on m’invite même dans la salle communale ou j’y trouve une cuisine et une salle de bain. Le luxe !
En continuant vers l’est, les champs de céréales ont progressivement fait leurs apparition. Et puis de manière assez soudaine, apparaît un décor très différent comme des cheminées de roches : la Cappadoce.








- La Cappadoce
La Cappadoce est une région stratégique entre l’est et l’ouest de l’Anatolie. Depuis toujours elle est le lieu des flux commerciaux. En 17 la région est annexée à l’Empire romain. Elle devient un centre important du christianisme au 3ème siècle. Puis pour se protéger des persécutions, les chrétiens construisent des villes souterraines dans le tuf, une roche volcanique tendre. A la fin du 15ème siècle, la région devient part de l’Empire ottoman. En 1923 suite au traité de Lausanne, les grecs orthodoxes sont déplacés en Grèce, ce qui a pour conséquence de vider les villages troglodytes. Le parc national de Göreme fait partie depuis 1985 du patrimoine mondial de l’UNESCO (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cappadoce).
Je découvre une région avec des paysages uniques. La roche qui prend la forme de cheminée est visible dans des vallées entières. La découverte des villes souterraines est fascinante. On peut également voler en montgolfière. Jusqu’à 150 mongolfières volent, en même temps tous les matins au lever du soleil. Mes réveils furent matinaux mais vraiment magiques ! Après ces quelques jours dans la ville de Göreme, il est maintenant temps de prendre la direction du sud pour rejoindre la mer Méditerranée.






- Les vallées agricoles
Avant de rejoindre la Méditerranée, je traverse une grande vallée céréalière. Depuis quelques temps les températures se réchauffent. A mon départ d’Ankara, les nuits étaient fraîches et je supportais bien un pantalon le matin. Il est maintenant rangé au fond de la sacoche. Les kilomètres ont défilé depuis Ankara mais l’accueil est toujours aussi généreux. Je m’arrête une fin d’après-midi dans une ferme. Après avoir joué au football avec les enfants et participer à nourrir les poules, on m’indique que je peux dormir au pied de la mosquée. Je suis invité ensuite à partager le repas et le thé. Moment idéal pour discuter de nos vies respectives. Le lendemain, c’est aux aurores que je me prépare. Je suis réveillé par l’adhan, l’appel à la prière.
Les jours passent et je me rapproche de la Méditerranée. Mais avant cela, il me faut traverser une chaîne de montagnes. Une belle journée de montée est devant moi. Comme souvent en montagne, l’effort est récompensé. La vue est magnifique. De l’autre côté du versent, je me retrouve dans une vallée où on cultive des agrumes. C’est la saison des abricots. Un soir on m’en offre donc gentiment un sac plein. Le lendemain matin, dès 5 heures, j’observe le départ des ramasseurs pour profiter au maximum de la fraîcheur. Puis voilà qu’en fin de matinée je l’aperçois enfin au loin : la mer Méditerranée ! Cela fait très longtemps depuis la dernière fois où je l’ai vu. J’ai la sensation d’être un petit peu de retour en France. Ou du moins de me rapprocher…




- La côte méditerranéenne
Je rejoins la côte à Taşucu. Très vite, je suis confronté à un premier tunnel. La particularité est qu’il n’y a pas de bas-côté. Et cela se révélera être le cas dans l’ensemble des tunnels traversés par la suite. Je roule donc avec le trafic et ce n’est pas toujours très rassurant. A l’entrée de nombreux tunnels il y a un bouton à actionner pour qu’une lumière clignote et prévienne les automobilistes qu’un vélo est présent. Je ne sais pas si c’est vraiment efficace… Et puis parfois la magie s’opère comme dans ce long tunnel emprunté en heure de pointe où un automobiliste s’est mis à ma hauteur et m’a accompagné pendant toute la traversée.
La route empruntée est sinueuse et les paysages magnifiques. Le dénivelé quotidien est important. Ce n’est pas souvent mais il faut bien de temps en temps des aléas mécaniques. Un maillon de la chaîne décide donc que le voyage s’arrête pour lui ici. Rien de bien grave. Aussitôt je sors le dérive chaîne et il m’aura fallu plus de temps pour le sortir du fond de la sacoche que pour raccourcir la chaîne d’un maillon et être reparti. La route est magnifique. J’ai aussi quelques journées aux alentours d’Antalya moins idylliques, où je roule sur une grosse route bordée d’hôtels et de bars et où le trafic ne s’interrompt jamais. Heureusement ceci n’est qu’une petite parenthèse.
Je suis surpris mais la région traversée reste très agricole. Il y a de nombreuses serres et surtout beaucoup de bananiers. C’est très fréquent de voir sur le côté de la route un stand où les producteurs viennent vendre leurs produits.
Depuis que j’ai quitté le plateau de l’Anatolie et les élevages de moutons, je n’ai presque pas eu à me préoccuper des chiens. Je suis bien surpris quand un panneau de signalisation vient mettre en garde. Et en effet peut-être à cause de la proximité d’un élevage mais je me retrouve pendant quelques centaines de mètres entouré de chiens.
Pendant presque toute cette étape en Turquie, j’ai pu profiter d’un vent de dos et bien évidemment, du soleil. Mais voilà, le dernier jour, j’ai eu le droit à des nuages menaçants et de la pluie. Il ne faut donc pas traîner pour vite me mettre à l’abri. Je croise alors un groupe de cyclistes. Comme toujours je m’amuse à me mettre dans l’aspiration et j’essaye de rester avec eux le plus longtemps possible. Mais cette fois-ci je profite d’une légère pente descendante qui compense les kilogrammes en plus du vélo et des affaires, pour me faire amener presque jusqu’à Günlükbasi.
Cette ville est mon étape finale en Turquie. Je décide d’y prendre un ferry pour rejoindre la Grèce. La veille j’en profite pour remettre de l’ordre dans mes affaires et ressortir les quelques euros qu’il me reste dans mon portefeuille. Je me rapproche maintenant de la maison ! Cette dernière nuit en Turquie me réserve des surprises. En plein milieu, je me réveille avec la sensation que le sol bouge. Je sors de la tente et je ne suis pas le seul à être debout surpris. Le lendemain je regarde les actualités et en effet un séisme de magnitude 5,8 a eu lieu… Le lendemain de cette péripétie, je monte sur un ferry, direction l’île de Rhodes en Grèce. De retour donc dans l’Union européenne !













RUETSCHMANN Catherine ReVIVRE
Bravo Xavier ! quel magnifique périple !!! On prend contact dès ton retour en France ….
Catherine R. Revivre dans le Monde