Mai 2025 – La découverte de la Chine en train

Avant de repartir à l’aventure, une séance d’entretien du vélo s’impose en Corée. Nettoyage, graissage, changement des plaquettes de freins, réglages des vitesses… tout est prêt pour la suite !

Puis direction le port d’Incheon près de Séoul pour prendre un ferry vers Weihai en Chine. J’embarque pour 15 heures de traversée. Heureusement la place inclut un lit dans un dortoir ! Summum du luxe, le dortoir est vide… En quittant le port nous passons sous le pont qui donne accès à l’aéroport de Séoul. La structure d’environ 20 kilomètres de long est impressionnante. En plus d’avoir un dortoir pour moi tout seul, la mer est très calme. C’est donc bien reposé que j’arrive au port de Weihai. Après le passage de l’immigration et de la sécurité, je suis officiellement en République Populaire de Chine.

Nouveau pays, nouvelles habitudes… et le moins qu’on puisse dire, c’est que toutes mes habitudes doivent changer. L’ensemble des applications communément utilisées sur mon téléphone, ont une équivalence chinoise. Le mode de paiement change également. L’argent liquide n’est presque pas utilisé. Tout est dématérialisé.

Après des recherches, je ne trouve pas d’itinéraire qui me semble intéressant pour rallier la capitale chinoise depuis la côte. C’est donc en train que je décide d’aller à Pékin. Je vais vite rencontrer une première difficulté. Au moment de payer le billet, ma carte bancaire est refusée. L’application permettant le paiement dématérialisé ne fonctionne pas. Ne trouvant pas l’explication, je décide d’échanger des euros que je garde depuis mon départ de France. Je me dirige donc vers une banque. Les trois premières m’indiquent qu’elles ne peuvent pas répondre à ma demande. La quatrième m’ouvre ses portes. Mais après trente minutes, même constat. Ils sont en incapacité de m’enregistrer dans le système… Heureusement les employés de la banque ont plus d’un tour dans leur sac ! Et après trente minutes supplémentaires à attendre dans le magasin d’à côté, une dame revient avec une employée de la banque et l’équivalent en yuan. ouf ! Il est loin le temps où au Mexique on pouvait échanger de l’argent dans la rue sans même quitter mon vélo.

Le lendemain (enfin !) direction Pékin en train. Avant de monter dans le train, je dois couvrir le vélo, passer la sécurité puis me diriger avec l’ensemble de mes affaires vers l’entrée du quai. Le quai lui ne sera accessible que 15 minutes avant l’arrivée du train… Et enfin les 900 kilomètres se passent en vitesse rapide dans un silence impressionnant ! C’est à travers la fenêtre que je vois défiler les champs, villages et villes.

  • Pékin, cité impériale

En arrivant je me dirige vers la célèbre Cité interdite : le monument emblématique de la Chine traditionnelle.

Dans l’histoire du pays, différentes dynasties se succèdent. Zhongdu, aujourd’hui Pékin, était la capitale de la dynastie Jin de 1115 à 1234. Une Cité impériale est construite. Puis la dynastie Ming lui succède. La capitale est alors transférée à Nankin en 1369. La Cité impériale est rasée. En 1402 Pékin redevient la capitale et la construction de la Cité interdite commence en 1406. Les travaux ont duré 14 ans et ont mobilisé 1 million de personnes. 24 empereurs vont alors s’y succéder. La cité va rester le centre du pouvoir jusqu’en 1912 et l’abdication du dernier empereur. Il resta cependant y vivre jusqu’en 1924. La cité a longtemps était exclusivement réservée à l’empereur, sa famille et ses proches collaborateurs. L’accès était interdit au peuple sous peine de mort. (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Cit%C3%A9_interdite)

Aujourd’hui la cité est un musée qu’il est possible de visiter. A  l’entrée principale se trouve la porte Tiän’änmén avec le portrait de Mao Zedong. L’avenue devant, est bordée de pistes cyclables. Mais il est interdit de s’arrêter pour prendre une photo ! C’est donc sur un des côtés de la Cité que j’immortalise cette visite.

En face de la porte principale, je découvre la place Tiän’änmén. Elle est le lieu officiel des cérémonies et défilés militaires. C’est aussi la place tristement célèbre de cette photo de l’homme faisant face aux chars pendant les manifestations étudiantes de 1989.

Au nord-ouest de la ville, je découvre le Palais d’été. Il a été construit au 18ème siècle et a servi de résidence de vacances pour les empereurs. Il est situé dans un parc ce qui rend la visite très agréable.

Pékin a accueilli les Jeux Olympiques en 2008. En me rendant au Palais d’été, je passe devant le stade en forme de nid d’oiseau spécialement construit pour l’occasion et lieu d’accueil de la cérémonie d’ouverture.

Pour me déplacer à Pékin, rien de mieux que le vélo. Le réseau de pistes cyclables est incroyable. A chaque axe majeur, il y a une “route” vélo. Mais c’est également une ville de 22 millions d’habitants… avec énormément de scooters électriques. Et leurs conducteurs utilisent aussi les pistes cyclables… Dans le sens de la circulation comme en sens inverse. Se déplacer demande donc une attention de chaque instant ! Et pour être honnête, c’est assez chaotique.

La visite de Pékin a été très riche et impressionnante. Découvrir tous ces lieux chargés d’histoire et de symboles, est un moment particulier dans ce voyage.

Lors de ma dernière journée à Pékin, la visibilité est mauvaise. Le ciel nuageux est d’une couleur proche du orange. La veille, le ciel était bleu. Dans un premier temps je pense à la pollution. Mais le changement avec le ciel bleu de la veille est trop soudain. On m’explique alors qu’il s’agit d’une tempête de sable venant du désert de Gobi et de Mongolie. Le phénomène serait fréquent. Le lendemain le ciel est de nouveau bleu !

Je profite également de ces quelques jours pour planifier la suite de ma route. Quelle direction prendre ? Continuer mon avancée vers l’ouest sur les routes de la soie en direction de l’Europe ou aller vers le sud de l’Asie ?

  • La Grande Muraille

Avant de quitter la région de Pékin, comment ne pas me rendre à la Grande Muraille de Chine !?

Il y a de nombreux avis et études sur sa longueur qui serait d’environ 21 000 kilomètres. La construction a eu lieu en plusieurs fois sous différentes dynasties. Elle a démarré au 3ème siècle avant JC pour se terminer au 17ème siècle. L’objectif était de protéger l’Empire contre les invasions des peuples du nord. Elle a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Grande_Muraille)

Il est possible de voir la muraille au nord de Pékin dans de nombreux endroits sur des parties où elle a été restaurée. Être au pied de ce mur de 6 à 7 mètres de haut est impressionnant. Une véritable image de carte postale ! Cependant j’aurais préféré un endroit non restauré pour avoir un côté plus authentique.

  • Direction l’ouest et la Route de la soie

Quelle direction donner à la suite de ce voyage ? Je me pose cette question depuis plusieurs semaines maintenant. Après avoir changé plusieurs fois d’avis je décide finalement de continuer vers l’ouest… sur les traces de la Route de la soie et en direction de l’Europe !

Le réseau ferroviaire de Chine est incroyable. Il est possible d’aller partout. Le réseau est même relié à celui de ses pays voisins… Il existe des trains rapides mais aussi lents. Toutes les options sont possibles : 1ère classe, 2ème classe, place assise, couchette et plus surprenant… place debout !

Je retourne donc à la gare pour y réserver mon billet de train : direction la ville de Xi’An.

Ma première expérience en train avec le vélo s’est très bien passée mais la manutention est contraignante. Cette fois-ci je décide de voyager léger et d’expédier mon vélo ainsi que des affaires par le réseau de transport ferroviaire CRE.

  • Trajet en train de Pékin à Xian

Les deux villes paraissent proches mais la distance les séparant est de 1100 km. Le départ s’effectue de la gare ouest de Pékin. On est mardi après-midi et elle est pleine à craquer. Le train est un mode de transport très populaire.

L’embarquement est laborieux. Il faut me frayer un chemin entre les rangées de sièges et les valises. Plus aucune place n’est disponible. J’ai réservé mon billet la veille, je n’ai donc pas eu de place assise. Je suis loin d’être le seul dans cette situation. Je réalise alors qu’envoyer mon vélo et mes affaires avec CRE, était la bonne décision…

Au départ de Pékin, les paysages ressemblent à ceux déjà vus en arrivant par le sud-est de la ville. Puis au loin, petit à petit derrière les champs, je commence à apercevoir les premières collines. Le voyage suit son cours au rythme des villes et des champs de céréales. Toujours accompagné d’une musique de fond.

Une fois dans la ville de Shijiazhuang, la moitié du wagon descend. Mais cette vague est tout de suite remplacée par autant de monde. Mon espoir de m’asseoir s’envole donc. Certaines personnes sans place assise ont amené des petites chaises pliantes. Dans l’option place assise, il y a deux possibilités : souple ou dur. Dans le wagon où je suis, les places sont dures. Elles sont donc très inconfortables. C’est donc régulièrement que les passagers à mes côtés me proposent de m’asseoir pendant qu’ils se dégourdissent ! Il y a donc une rotation qui s’effectue naturellement avec l’ensemble des passagers debout dans le wagon.

Le train est non fumeur… enfin les wagons sont non fumeurs. Donc de temps en temps une petite odeur de tabac venant des entre wagons, se fait sentir. 

Au moment de réserver le train le vendeur au guichet m’a présenté différentes options. Évidemment l’écran était en chinois. Merci les outils de traduction ce n’est pas un problème ! Enfin… je pensais que l’heure d’arrivée était 11 heures du soir. Mais finalement non 11 heures représentait le temps du voyage… Heureusement il y a toujours des personnes qui passent pour vendre de la nourriture. C’est donc en ayant manger que j’arrive à destination à 3h30 du matin.

  • Xi’An

Xi’An a été la capitale impériale pendant trois dynasties d’empereurs. Elle est également célèbre pour être un des points de départ de la fameuse Route de la soie. J’arrive donc dans un des berceaux de la civilisation chinoise qui marque aussi mes premiers pas dans le monde musulman. J’y observe une grande mixité de cultures, de couleurs, d’odeurs… Je passe ma première journée à déambuler dans le quartier musulman. Le contraste avec mes derniers mois est fascinant. La ville est entourée de remparts en parfaite conservation. L’éclairage le soir donne un côté très théâtral.

La route de la soie est un ancien réseau de routes commerciales reliant la Chine à l’Europe à travers l’Asie centrale et le moyen orient. Elles sont créés vers le 2 ème siecle avant JC. Elles ont donc permis d’échanger de nombreux produits depuis et vers vers la Chine. Mais ce fût également l’occasion d’échange culturel, idéologique, technologique, religion… Avec l’essort du commerce maritime et la chute de l’empire Byzantin elles connaissent progressivement un déclin à partir du XV ème siècle. (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Route_de_la_soie)

A proximité il y a la fameuse armée de terre cuite. Elle a été créée par le premier empereur chinois Qin Shi Huang pour le protéger dans l’au-delà. Le site est composé de trois fosses. Dans la fosse principale on compte 8000 soldats. Ce site a été découvert en 1974 par des paysans creusant un puits. En 1987 le site est devenu patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lieu est vraiment grandiose. Cependant, j’y suis allé pendant un jour férié et la foule a rendu la visite difficile à apprécier. (source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mausol%C3%A9e_de_l%27empereur_Qin)

  • Trajet en train de Xi’An à Ürümqi

Je reprends ensuite un train de nuit pour Ürümqi, une ville située à l’extrémité ouest de la Chine. Environ 2600 kilomètres séparent les deux villes et le temps de trajet est estimé à 30 heures. Cette fois-ci je suis content d’avoir une couchette !

J’attire la curiosité dans ce train surtout emprunté par des locaux. Mes voisins me donnent des sandales et partagent avec moi leurs repas. Ces moments conviviaux sont aussi l’occasion d’échanger sur nos vies respectives. Heureusement que les outils de traduction existent !

Manger, discuter, lire, recharger son téléphone à la seule prise disponible du wagon sont les principales activités qui rythment ces 30 heures de train. Il effectue de nombreux arrêts mais beaucoup de personnes font l’intégralité du trajet jusqu’à Ürümqi.

Même à une vitesse lente, les kilomètres défilent. Au départ de Xi’An nous traversons une région agricole. Les montagnes autour sont recouvertes d’une végétation sèche qui me rappelle la Corée du Sud. Nous nous enfonçons de plus en plus dans une vallée pour ensuite nous rapprocher des montagnes. Après une succession de tunnels le paysage change brutalement et nous sommes maintenant dans le massif montagneux. La végétation sèche disparaît.

De la fenêtre j’aperçois de plus en plus de villages. Mais les villes avec ses grandes tours d’habitations ne sont jamais trop loin. C’est sous une petite pluie tombant sur ces collines sèches que le soleil se couche. Je m’endors bercé par le bruit du wagon à chaque changement de rail. Au réveil le paysage est bien différent : désertique !

  • Ürümqi

A peine arrivé je me dirige tout de suite vers le bureau de CRE pour récupérer mon vélo et mes affaires. Ce n’est pas sans crainte que j’attends patiemment dans le hall. On m’indique que tout est arrivé 2 jours après mon dépôt à Pékin. Quelle efficacité ! Et surtout cela sans le moindre accroc ni mauvaise surprise.

C’est avec toutes mes affaires que je me dirige vers une auberge de jeunesse. Et quelle agréable surprise quand j’y vois un autre vélo dans le hall. Christian est parti d’Italie en suivant la Route de la soie, et il se dirige maintenant en direction du Japon. Nous passons donc la soirée à échanger sur nos voyages respectifs.

Le lendemain nous partons ensemble à la découverte de la vieille ville et du bazar. Cette ville était située à un carrefour majeur sur la Route de la soie. Le mélange culturel est donc très riche. Le bazar est un lieu avec une ambiance orientale. Les étalages sont remplis de poteries, tapis, instruments de musique… On aperçoit aussi des statues de chameaux !

La ville est située dans une vallée désertique entourée de montagnes. La vue sur les montagnes enneigées est magnifique. Ville de contrastes donc entre les sommets enneigés et le désert, vieille ville historique et quartiers modernes…

Ürümqi est ma dernière étape de cette découverte « express » de la Chine. C’est désormais en direction du Kazakhstan, que mon vélo, mes sacoches et moi-même montons dans le bus ! Destination que je n’avais jamais envisagée au démarrage de mon voyage !

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