Voilà de nombreux mois que j’en rêvais : découvrir le Japon à vélo. Le choc de culture et le dépaysement sont au rendez-vous !
Le programme de ma première journée à Tokyo est dédié au shopping. Le Pérou m’a appris que mes chaussures et ma veste de pluie waterproof ne l’étaient plus vraiment…
Le ciel gris et la pluie me découragent de prendre le vélo pour cette journée de shopping. Je choisis donc de prendre les transports en commun… mais j’ai un moment d’hésitation devant la carte à l’entrée de la station… Finalement le réseau de transport en commun se révèle très facile d’utilisation.
Un nouveau pays signifie également de nouvelles habitudes pour faire les courses. Et l’achat d’un nouveau dentifrice me demande un moment de réflexion et me met immédiatement au défi !
Je m’attendais au changement d’habitudes alimentaires. Mais je pensais faire une exception avec le beurre de cacahuètes (mon péché mignon)… Et bien non ! Impossible d’en trouver ! Je n’abandonne pas de sitôt et décide de faire un essai. Le test ne sera pas concluant…



Au Japon, on roule à gauche. Donc après le changement de côté du rétroviseur, c’est parti pour découvrir le pays : direction les Alpes japonaises.
- Les Alpes japonaises
C’est encore l’hiver. Les températures sont négatives la nuit et la neige recouvre toujours les paysages. C’est dans ces conditions que je pars vers le célèbre Mont Fuji. Malgré le froid, le soleil est au rendez-vous, ce qui rend les journées très agréables. Je ressors cependant mes gants dont je ne m’étais pas servi depuis l’Islande…
Une fois arrivé au pied du Mont Fuji, le temps change radicalement. Une tempête de neige m’empêche de le voir. Je n’abandonne pas et reste une journée de plus. Cependant la météo ne s’améliore pas le lendemain matin. Le Mont Fuji se cache toujours ! C’est donc, les jours suivants, avec une vue plus éloignée que je découvre sa magnifique forme iconique.
Devant le froid des premiers jours je décide de dormir un soir au chaud et en profiter pour planifier la direction à prendre pour les prochains jours. Je découvre donc les fameux hôtels capsule. L’idée est de maximiser le gain d’espace. Pas de fenêtre mais un petit coin sympa où passer la nuit. En fin d’après-midi j’en profite même pour aller voir le château de Matsumoto.





Les tunnels sont nombreux sur la route. Ils sont de tous types : long, court, sombre, éclairé, avec ou sans trottoir… Mais il y a cependant une chose commune à tous. Le bruit assourdissant quand une voiture y pénètre. Donc à chaque fois c’est le même rituel. Allumer les lumières et vérifier que la lumière arrière soit en mode flash.
Les routes secondaires ne sont pas systématiquement déneigées. Les conditions me font donc étudier un peu plus en détail mes choix et changer mon idée de départ. Au lieu de continuer vers le nord je prends donc la direction de l’ouest pour écourter mon temps dans les montagnes et en altitude. J’espère qu’en rejoignant la mer, les températures se réchauffent.
Mais avant de rejoindre la côte il me faut passer une dernière chaîne de montagne et le parc national de Chubu Sangaku. L’ascension se fait au bord d’une rivière. Au bout d’un moment, une odeur me semble familière. De nombreuses sources d’eau chaude sont présentes. Je peux voir la vapeur remonter vers le ciel, la couleur de la terre virer à l’ocre et la neige localement fondre. Cette odeur est donc celle du souffre et je l’ai déjà connu en Islande. Décidément récemment de nombreux points me ramènent à la terre de glace et de feu. Toute la zone traversée est thermale. Il y a de nombreuses sources et chaque village possède ses bains.
Après 40 kilomètres de montée, j’arrive devant un nouveau tunnel. Le tunnel Abo. Et celui-ci est interdit aux vélos…. La route alternative me fait passer le col mais celle-ci est fermée. Une barrière empêche de la prendre. Mais surtout la route est gelée et recouverte de neige. Mes alternatives sont donc limitées et je décide de faire du stop. Choix gagnant. Après à peine 5 minutes, un couple me permet de passer les quelques kilomètres de ce tunnel avec un bas-côté suffisant pour y faire rouler une voiture…
L’arrivée dans les montagnes marque aussi l’arrivée dans la région des ours. Enfin avec ce froid je pense qu’ils dorment encore bien. Tout du moins je l’espère…
L’ours reste caché. Par contre, je vois de nombreux singes. Je ne pensais pas qu’ils vivaient dans des régions où les températures chutent en hiver. C’est donc un petit avertissement qu’il me faut être plus prudent en campant et garder ma nourriture éloignée de la tente.
Marcher sur la neige en fin de journée avec un vélo chargé n’est pas toujours facile. Je m’enfonce et la neige se transforme souvent en flaque d’eau et en gadoue. Le point positif des températures négatives, la nuit c’est qu’au petit matin au moins, il est beaucoup plus simple de marcher sur une neige dure.
Avant de rejoindre la côte j’ai le droit à une dernière petite surprise… La vis de fixation de ma selle casse. La surprise me fait bien rire ! Une fois l’étonnement passé, j’ai beaucoup de chance d’avoir atteint une ville et que l’on soit vendredi après-midi. Je demande donc au premier cycliste que je rencontre de m’aider pour trouver un magasin de bricolage.
Je fais donc, après ce petit imprévu, mes premiers kilomètres sur la côte. Et le vent de face ne me donne pas du tout la sensation que les températures ont augmenté. J’aperçois au loin la chaîne de montagnes que je viens de traverser. Les versants sont tout blancs. Mais de ce côté-là , la neige est également présente dans toute la plaine. Presque jusqu’à la mer.









- La côte Echizen
Me voilà donc sur la côte Echizen. C’est le nom qui est donné à la côte située le long de la mer du Japon, à l’ouest du pays. En quittant les montagnes je m’attends à en avoir terminé avec les tunnels. Et bien non ! J’égale même mon record de 20 en une journée.
La région regorge de bateaux de pêche. On y pêche notamment le crabe.
J’y étais venu pour y trouver beau temps et chaleur. Ils ne sont pas au rendez-vous ! Le froid est toujours bien là et désormais c’est la pluie qui m’accompagne. Le shopping à Tokyo était vraiment judicieux… De temps en temps je me réfugie donc dans les épiceries pour y boire un café chaud et prendre un goûter réconfortant.



- Kyoto
Depuis mon départ de Tokyo j’ai cherché à contourner les zones urbaines et éviter les villes. Mais il y a une ville où je souhaitais aller : Kyoto.
Capitale impériale pendant 11 siècles, elle regorge de palais, sanctuaires et temples bouddhistes. J’y découvre une ville pleine de couleurs et des quartiers où les traditions sont encore bien présentes. De nombreuses personnes sont habillées de manière traditionnelle. Je n’avais pas de programme ou de souhaits particuliers dans cette découverte de la ville. Je prends juste le temps de déambuler dans les ruelles et découvrir les jardins.




- Île Shikoku
Après cette pause, je reprends le vélo en direction de l’île de Shikoku. Différentes options s’offrent à moi pour la rejoindre. Et je décide de prendre le ferry à Kobe. La piste cyclable entre Kyoto et Osaka rend le départ de Kyoto agréable et facile. Rejoindre le port de Kobe est beaucoup plus chaotique. Zone portuaire et industrielle, la circulation est importante.
Devant la courte distance à faire je ne me suis pas vraiment renseigné sur les horaires. J’imaginais que le nombre de ferrys journaliers serait important. Une fois au port, le prochain ferry est finalement en fin de journée. J’ai donc tout un après-midi pour découvrir Kobe. Mais c’est à 1h du matin que j’arrive à destination, à Takamatsu. Zone urbaine pas très propice au camping, je me souviens alors d’un conseil donné par un cycliste australien à Tokyo : les kaikatsu club. Ce sont des lieux pour jouer aux jeux vidéo et lire des mangas. Une fois membre, on peut y louer une pièce privative à l’heure. Après avoir éteint l’écran de l’ordinateur qui éclaire toute la pièce, j’y trouve le sommeil avant de reprendre le vélo pour explorer l’île.
La découverte de l’île se fait avec le retour du soleil et de la chaleur. Enfin ! La végétation change. Il y a beaucoup de bambous. Et lorsque le vent se lève, je découvre qu’une forêt de bambous c’est très bruyant…
Les tunnels continuent bien sûr de m’accompagner tous les jours. L’un d’entre eux fait même 5,4 km de long ! Heureusement je l’emprunte en descente, ce qui permet de parcourir rapidement la distance.
Pour ma dernière nuit sur l’île, je campe sur une plage magnifique. Mais à quelques kilomètres il y a un feu de forêt. Au milieu de la nuit le vent se calme et c’est alors une odeur de fumée qui me réveille. Au petit matin la tente est recouverte de cendres.






- Shimanami Kaido
Direction maintenant Hiroshima. Et pour y arriver, j’emprunte la piste cyclable Shimanami Kaido. Elle permet de passer d’île en Île par l’intermédiaire de ponts. Je ne l’emprunte pas jusqu’au bout et prends un ferry pour m’amener sur l’île de Okamura. Cela me permet de continuer à emprunter des routes avec un trafic presque inexistant et rejoindre Hiroshima en évitant la côte urbanisée. J’y découvre une zone avec de nombreux arbres fruitiers (citronniers, mandariniers, orangers).




- Hiroshima
Le 6 août 1945 la ville d’Hiroshima est détruite par une bombe atomique. Ma découverte de la ville commence par la visite du Mémorial de la Paix. La première partie est consacrée à des recueils de témoignages et des vestiges. Moment émouvant face aux horreurs de la guerre. Environ 140 000 personnes y perdent la vie avant la fin de l’année 1945. A la fin de l’occupation des études apparaissent pour montrer les séquelles dues au bombardement. En 1957 une loi pour les soins des victimes est votée.
J’y passe presque toute la journée en déambulant ensuite dans le parc où on peut y découvrir différents monuments commémoratifs (monument de la paix des enfants, la cloche de la paix, la flamme de la paix, le monument des victimes coréennes…).
Après ce stop dans notre histoire, je reprends le vélo en direction de l’île de Kyushu.




- Île Kyushu
Je pensais que le printemps était arrivé… et bien non ! Les journées et les nuits restent froides. Le vent de face n’aide pas à me réchauffer. Et je découvre avec ravissement de plus en plus de cerisiers en fleurs.
Côté mécanique, la vis de fixation de ma selle casse pour la deuxième fois. Heureusement je n’ai fait que quelques kilomètres en danseuse avant de trouver un garage voiture pour me dépanner d’un écrou et d’un boulon. Et cette fois-ci c’est du solide ! Enfin de ce que nos échanges en langue des signes et aidés de Google traduction, me laissent comprendre.
Un dernier col me permet d’avoir une vue panoramique sur la vallée et les paysages que je viens de traverser les jours précédents. De l’autre côté c’est Fukuoka. Destination finale de ce chapitre japonais riche en nouveautés et en découvertes. J’étais impatient d’arriver et c’est avec une petite nostalgie que je pars. Je prends maintenant un ferry pour le pays du matin calme : la Corée du Sud.






Martine MALGRAS
Quel beau voyage émouvant . Merci de ce partage.
Bonne route vers de nouvelles étapes.
Bises