Depuis plusieurs semaines je m’interroge sur la route à prendre pour rejoindre la Bretagne. De retour à Toulon il est temps de prendre une décision. Et celle-ci va s’imposer naturellement : le massif central. Ce sera donc tout droit en diagonal et à la découverte d’espaces vierges de toute civilisation !
Avant ma pause à Toulon, j’avais noté que ma selle bougeait de nouveau. Au lieu de régler ce détail je l’ai mis de côté… Donc je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même quand la vis a cassé lors de mon premier jour de retour sur le vélo ! Vous vous souvenez, cette même vis qui avait cassé deux fois au Japon. Je dois reconnaître quand même qu’elle en a fait du chemin ! Après quelques kilomètres en danseuse, je trouve avant midi un magasin de bricolage ouvert. Encore une chance que nous sommes lundi !
Depuis Toulon je prends la direction de Marseille puis d’Alès. Cet itinéraire m’emmènera aux pieds des Cévennes. Mais avant d’y arriver je pédale pendant deux jours avec un vent de face : le fameux Mistral ! Comme toujours, avec du vent de face, les journées sont longues mais je ne veux pas me plaindre. C’est une expérience unique d’expérimenter ce vent mythique ! Courant d’air venant du nord, il est synonyme de soleil d’après les locaux que j’ai rencontrés. C’est donc sous le soleil que j’arrive à Alès. Me voilà de nouveau prêt pour faire du dénivelé !


- La traversée des Cévennes
Première chose que je note et qui n’est pas pour me déplaire : la fin du vent… mais le début du dénivelé ! Comme toujours il faut être patient et petit à petit le relief qui m’entoure se dévoile. Des montagnes toutes vertes ! Et également rapidement de nombreux châtaigniers. Le temps est magnifique mais nous sommes au début de l’automne, donc les jours raccourcissent et les températures diminuent la nuit. Il est donc difficile de faire de longues journées vélo si je souhaite profiter de ma soirée et ne pas plier la toile de tente à la frontale le matin. Heureusement j’ai la chance d’être accueilli de nombreuses fois par des warmshowers.
Cette traversée des Cévennes est à l’image de ce que j’imaginais : de petites routes sans aucune circulation. Je traverse aussi de nombreux villages qui me font ressentir une faible densité de population. Sur le trajet j’ai l’occasion de repasser par le Pont-de-Montvert car il y a quelques années j’avais déjà eu l’occasion d’y venir à l’occasion d’une marche sur le chemin de Stevenson. C’est un très bon souvenir et mon passage ici fait remonter plein d’anecdotes.




- La beauté du plateau de l’Aubrac
En continuant de rouler je finis par arriver sur un plateau vierge de toute haute végétation. C’en est terminé des arbres ! Place maintenant à la steppe du plateau de l’Aubrac. Il y a un côté très particulier et mystérieux et je suis très vite fasciné. Cela me rappelle les grands espaces de l’Amérique du nord. Beaucoup de souvenirs refont surface. J’aperçois tout de même quelques sapins mais de part leur orientation, je peux deviner qu’ils ont été plantés dans le but de faire un coupe vent. Par contre ce qui est moins rare c’est de voir des vaches et des chevaux ! Mais surtout des vaches ! Un panneau publicitaire me fait la promotion de loups. Mais cela est resté une publicité… moi ce que j’ai surtout vu, ce sont des vaches ! Pendant cette traversée du plateau, j’éprouve donc la sensation d’être seul au milieu de nul part. Seuls quelques villages traversés et quelques randonneurs rencontrés me sortent de ce moment de solitude. Avant d’arriver au col de l’Aubrac je passe devant la plus petite station de ski de France !
Je ne suis alors pas très loin de la ville de Laguiole, la fameuse marque de couteau. Je décide donc d’y passer. La météo me fera me souvenir de cette journée ! Depuis mon départ de Toulon, j’ai eu la chance d’avoir un magnifique ciel bleu. Cependant ce jour-là c’est le déluge ! Je suis donc très content de visiter le musée puis d’aller dans les ateliers d’un fabricant de couteau. Seul bémol, la forge n’est ce jour-là pas en fonctionnement… Je reprends la route toujours sous la pluie soulagé d’arriver dans la ville de Estaing pour me réchauffer dans un café. Le temps gris et nuageux ajoute un côté très mystérieux à ce joli village où je croise de nombreux randonneurs.







- La découverte du Limousin
En continuant ma remontée de la France, je me rapproche progressivement de Limoges. J’entre alors dans le Limousin. J’aperçois toujours de nombreux châtaigniers et aussi de nombreux troupeaux de vaches et de moutons. Les fameuses vaches limousines ! Cette région de France est très riche en élevage et je découvre également de grands vergers de pommiers ainsi que plus tard des zones de cultures de céréales. Au fil des kilomètres je passe dans de nombreux villages. C’est souvent l’occasion de voir de vieux bâtiments vestiges du temps qui passe. Comme cette ancienne pompe à essence qui n’a pas dû servir depuis bien longtemps ! Avant de quitter cette zone vallonnée et arriver sur de grands plateaux de cultures de céréales, je décide de passer par Oradour sur Glane.
Le 10 juin 1944, lors de la débâcle des allemands à la fin de la seconde guerre mondiale, une compagnie de SS entre dans le village. L’ensemble des habitants sont alors rassemblés et massacrés. Ce fut au total ce jour-là, 643 personnes qui perdirent la vie (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oradour-sur-Glane).
Malheureusement le jour de ma visite, le centre de mémoire était fermé pour rénovation. Mais j’ai pu aller dans le village. C’est aujourd’hui un lieu de recueillement ouvert au public. Quelques autres visiteurs étaient également présents ce jour-là. Malgré les années qui passent, on peut ressentir une ambiance particulière qui se dégage des lieux. Un témoignage toujours vivant d’une période terrible de l’histoire. Un projet artistique développé par l’association nationale des Familles de Martyres d’Oradour-sur-Glane était visible. Ce projet a permis de recueillir le témoignage de personnes ayant hérité de la mémoire de ce massacre de leurs aïeuls. Ces personnes étaient invitées à répondre aux questions suivantes : “Comment cette tragédie est-elle encore présente dans nos vies respectives au quotidien ? Que reste-t-il finalement de ce drame dans la mémoire individuelle et dans la mémoire collective ?”. Des personnes d’âges différents ont donc témoigné sur comment se transmet cet événement de génération en génération. Le témoignage de Marcel me touche beaucoup. Il évoque la place du sport dans la vie d’après et en particulier le vélo ! Marcel a notamment relié Dachau, un des premiers camps de concentration, à Oradour-sur-Glane en vélo. Son témoignage et tant d’autres sont disponibles en vidéo : https://youtu.be/He9PeurcAQI?feature=shared








- De grandes plaines et des paysages familiers
En continuant vers le nord-ouest, je vois toujours autant de vaches mais surtout de plus en plus de champs de céréales, notamment beaucoup de champs de colza. Je passe à proximité du marais Poitevin. Petit à petit, je quitte les collines pour un relief de plus en plus plat. L’élevage de vaches laitières fait également son apparition. Tous ces kilomètres qui défilent j’ai la chance de pouvoir les faire sur de petites routes ou d’anciennes voies de chemin de fer réaménagées en pistes cyclables. Le trafic est donc presque inexistant voire nul. Au détour d’un village devant la mairie, j’aperçois une stèle pour indiquer le méridien de Greenwich. Cela me fait sourire car au début de mon voyage, j’étais aussi passé le long de la Loire devant un panneau indicatif du méridien.
Après quelques jours, me voila enfin entouré de paysages familiers et finalement de retour en Loire-Atlantique ! Passage donc obligé dans le hameau où j’ai grandi : la Bicane. L’occasion de passer du temps en famille et d’aller saluer la meunière qui m’offre un paquet plein de sa farine du moulin de la Bicane. Car pendant un an et demi j’ai pris plaisir à balader un paquet de farine vide avec moi. D’ailleurs vous l’aviez peut-être remarqué sur de nombreuses photos de part le monde.







- Direction la Manche et le Mont Saint Michel
En mars 2024 j’ai démarré ce voyage de Rennes. Depuis le moulin de la Bicane dans le petit hameau où j’ai grandi, il faut une journée de vélo pour rejoindre Rennes. Une bonne journée tout de même ! Mais voilà, ayant commencé cette traversée retour de la France depuis la mer Méditerranée, je trouve qu’aller vers la Manche serait un beau clin d’œil et une belle conclusion pour ce voyage. Une traversée de la France d’une mer à une autre mer. Depuis quelques temps je pense beaucoup à un endroit où je ne suis pas allé depuis très longtemps : le Mont Saint Michel ! Je reprends donc le vélo pour les derniers jours de ce voyage avec ce petit crochet dans le coin de la tête.
Côté météo, j’ai eu beaucoup de chance depuis Toulon. Majoritairement un grand ciel bleu m’a accompagné. Mais voilà toute bonne chose a une fin et pour ces derniers jours, une pluie quotidienne va s’inviter. La Bretagne est bien fidèle à sa réputation ! Chaque jour quand je regarde les prévisions météo, j’ai toujours bon espoir de les voir évoluer en ma faveur. Mais pas moyen d’échapper aux prévisions météo comme cela fût le cas les semaines précédentes ! La pluie est bien au rendez-vous. Jamais toute la journée et jamais trop forte mais un petit crachat breton. Rien d’étonnant donc !
Je passe dans de nombreux villages. Les averses régulières au fil de la journée m’offrent de très beaux paysages quand le soleil pointe le bout de son nez. Un joli contraste entre ciel gris et bleu. Je ne sais pas si c’est la météo ou l’envie d’arriver mais les kilomètres défilent. Et puis j’aperçois les premières vaches normandes. C’est un signe que la destination se rapproche !
Ce matin-là en me levant, le brouillard est vraiment très épais. J’espère qu’il se lèvera vite car c’est aujourd’hui que je dois arriver au Mont Saint Michel ! Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà roulé dans un brouillard où l’humidité est si forte. C’est comme si une pluie fine tombait. Je peux ressentir des gouttelettes d’eau sur mes cils. Mais finalement en milieu de matinée le brouillard se lève, et après quelques kilomètres supplémentaires, voilà je l’aperçois enfin : le Mont Saint Michel !





- Le retour en Bretagne
Je prends un peu de temps pour contempler cette imposante citadelle. Puis il est temps de prendre la direction de l’ouest et de la Bretagne. Je passe alors par la baie du Mont saint Michel. C’est une zone maraîchère où on trouve encore de nombreux légumes à cette période de l’année (poireaux, carottes, salades…). Les agriculteurs sont également en pleine récolte du maïs. Doucement je m’éloigne du Mont saint Michel. Je quitte alors la côte et prends de la hauteur. Dernier coup d’œil derrière moi pour l’admirer avant de prendre la direction de Saint Malo. Me voilà donc en cette fin d’après-midi au pied des renforts de la cité médiévale et devant la Manche. Je n’ai pas trop le temps de savourer le moment et de flâner dans la vieille ville car la pluie s’invite. En effet, depuis le début d’après-midi, je peux apercevoir un nuage gris foncé menaçant se rapprocher. Celui-ci ne va pas m’épargner…
Désireux de me rapprocher de ma destination finale, je pars en direction de Dinan. Au début sous une pluie fine et très vite sous un déluge. La situation demande vite un peu plus de concentration à l’approche du barrage de la Rance. Heureusement seulement l’approche est délicate : un bas-côté presque inexistant de 4 voies en heure de pointe sous la pluie… Puis, étant du bon côté, j’emprunte la voie réservée aux piétons et aux cyclistes pour le passage du barrage. Je me retourne alors pour observer Saint-Malo. A cause de la pluie, je n’aperçois presque rien. Je me souviens alors qu’un bac existe pour traverser l’estuaire de la Rance… C’est ensuite sous la pluie que j’arrive à Dinan et sous la pluie également le lendemain que j’en repartirai. Il y a des soirs comme celui-ci où on est content d’être accueilli et de dormir au sec ! Ce warmshower de Dinan sera donc le dernier de ce voyage à me faire bénéficier de sa générosité.
Le vent a soufflé toute la nuit et la pluie a recommencé à tomber au petit matin. Les prévisions météo annoncent un temps pluvieux toute la journée. Après une pause à l’abri, à l’entrée du vieux Dinan, je décide de partir. Je serai mouillé dans tous les cas… J’emprunte le canal de la Rance. Ce n’est pas le plus direct mais c’est un itinéraire que je connais bien et qui est très agréable. Le long du halage, écluse après écluse, je me rapproche de Rennes. Au détour d’un panneau traduit en breton, je n’ai plus de doute je suis bien de retour !
Finalement la journée ne sera pas si mauvaise. J’alterne entre de la pluie et des accalmies m’offrant alors un beau ciel bleu. Décidément un vrai temps breton ! Et c’est même sous le soleil que je fais mon entrée dans Rennes. Un joli clin d’œil. Moment spécial que j’ai souvent imaginé. Me voilà de retour au point de départ !
Cette traversée de la France fut riche humainement : riche en rencontres, riche de l’accueil dont j’ai pu bénéficié à de nombreuses occasions, riche des échanges que j’ai pu avoir, riche de la diversité de ses paysages : des montagnes à la mer en passant par de grandes plaines agricoles. Finalement cette traversée retour de la France aura été un très beau résumé de ce voyage autour du monde…
Une autre aventure m’attend désormais, celle du retour !










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